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Chiffres, marques tendance, polytechnique : le pêle-mêle du vélo post-covid

Avec la pandémie de Covid, la pratique du vélo a explosé partout, notamment en France. Réjouissant les fabricants, transformant la ville, modifiant les habitudes de travail… Des politiques publiques ambitieuses doivent maintenant rendre ce phénomène irréversible.

Avant même l’impact de la pandémie de Covid, l’engouement pour le vélo a débridé la créativité de marques jeunes et branchées, partout dans le monde.

Vélo post-covid : quelques marques de niche très tendance

Avec ses lignes minimalistes, un modèle Tokyobike pourrait finir accroché en déco dans un salon : fait pour la ville, il est commercialisé à partir de 600 €.

Inspirés aussi du Japon, mais dessinés à Zurich, les modèles Gorilla jouent la même partition sur une gamme large, à prix Swiss Made (à partir de 2 000 CHF, soit 1860 €) … Tandis que Linus, marque née à Venice Beach, revendique une influence française avec une modernité californienne, à tarif raisonnable.

Pronto, 8 vitesses, Linus, 699 €.
Pronto, 8 vitesses, Linus, 699 €. Linus Bike

La vogue du vélo chic a brisé le plafond de verre de la vocation populaire du cyclisme, jusqu’au pinacle du LV Bike monogrammé de Louis Vuitton à 22 000 €… Les fabricants plus traditionnels ou plus sportifs s’en sont trouvés décomplexés. Canyon et Cannondale proposent des « gravel », ces nouvelles bêtes passe-partout très confortables, avec assistance électrique surpuissante : le Grail à 6 199 € et le Topstone à 9 499 €.

Résolument écoresponsable, le français Möbius lance un VAE conçu à partir de matériaux recyclés et recyclables (2 499 €). Pour ceux, enfin, qui voudraient pédaler en repensant à la voiture d’antan, Porsche a réinterprété le vélo électrique à sa façon : design, puissance, fiabilité. À prix Porsche : 9 990 €.

Vélo de luxe signé Porsche.
Vélo de luxe signé Porsche. tibo-the-good-click

 

Les chiffres du boom de 2020

• 2 684 800 : le nombre total de vélos vendus en France (+ 1,7% par rapport à 2019).
• 514 600 : le nombre de vélos à assistance électrique (VAE) vendus en France (+ 25 %).
• 3 Mds € : le CA du marché du cycle en France, incluant pièces et accessoires (+ 25 %).
• 2 079 € : le prix moyen d’un VAE (+ 21 %).
• + 354 % : la croissance des ventes de vélo cargo en France.
• + 27 % : l’augmentation de la fréquentation des pistes cyclables en France.
• 36 % : l’estimation de la part des déplacements à vélo aux Pays-Bas, contre 8 % en moyenne dans l’Union européenne et 4 % en France.
• + 306 % : la hausse des requêtes autour du vélo sur Google.
• + 50 % : l’augmentation des recherches d’itinéraires cyclables sur Google Maps (la fonctionnalité est disponible dans 30 pays).
• Top 5 des villes selon les déplacements à vélo via Google Maps : Tokyo, suivi d’Amsterdam, de Londres, Paris et Munich.

3 questions à Aurélien Bigo, chercheur associé à la chaire Énergie et Prospérité, École polytechnique :

Comment peut-on mesurer de manière fiable la pratique du vélo ? Le critère le plus souvent utilisé est le pourcentage de trajets réalisés à vélo. Qu’ils soient de 200 m, de 2 ou 20 km… Si on retient le nombre de kilomètres parcourus, le vélo représente encore peu, parce que les trajets sont courts. Ainsi, en France, l’enquête de 2019 donnait 2,7 % de trajets à vélo, mais on peut estimer que cela représente 0,6 % en kilomètres parcourus. Ce critère est important si on veut que le développement du vélo ait un impact sur les émissions de CO2 : le vélo devra s’inscrire dans un aménagement plus global des mobilités, tourné vers des trajets courts et l’intermodalité pour le combiner avec les transports en commun.

L’année 2020 marque-t-elle un tournant dans la pratique du vélo en France ? Oui, mais il y avait un regain d’intérêt depuis plusieurs années déjà, spécialement dans les grandes villes, alors que la pratique tendait à décliner dans les zones peu denses ou rurales. En 2020, il y a eu un phénomène conjoncturel qui a d’ailleurs commencé un peu plus tôt avec la grève des transports en commun : le trafic a doublé à certains endroits et le sujet est monté dans le débat public en pleine campagne des élections municipales. Avec la crise sanitaire, l’accélération a pris une autre ampleur et s’est diffusée dans tous les territoires.

Aurélien Bigo, chercheur associé à la chaire Énergie et Prospérité, École polytechnique.
Aurélien Bigo, chercheur associé à la chaire Énergie et Prospérité, École polytechnique. DR

Le boom de 2020 est-il durable et montre-t-il un véritable changement culturel ? Le dynamisme est structurel, le mouvement de fond va s’amplifier avec des politiques cyclables de long terme : les aménagements se multiplient et améliorent la sécurité, l’obstacle principal pour passer au vélo. Le VAE va poursuivre sa croissance forte parce qu’il séduit un public plus large que le vélo classique. Une étude de l’Ademe a montré que de 50 à 70 % de ses nouveaux adeptes sont d’anciens automobilistes, contre 10 % pour le classique : il y a un intérêt environnemental clair. Maintenant, la France reste en dessous de la moyenne européenne. Pour passer de 3 à 9 % d’ici à 2024, l’objectif du plan vélo, il faudrait enchaîner des années de crise comme 2020…

Giant, le géant de Taïwan qui surfe sur la vague du vélo post-covid

Sur un marché que se disputent en volume la Chine, l’Inde et Taïwan, c’est sur le petit État insulaire que se trouve le n° 1 mondial. Giant est né en 1972 comme sous-traitant d’autres marques, avant de créer la sienne en 1981. Le fondateur, King Liu, est aussi son grand promoteur : il s’est lancé dans une série de raids à vélo, dont un Pékin – Shanghai de 1 600 km, en 2009, à 75 ans !

Très innovant, Giant a développé, dès 2009, une gamme exclusivement féminine, baptisée Liv. Non seulement conçue pour elles, mais aussi par elles : la plupart des fonctions depuis l’ingénierie jusqu’au marketing sont occupées par des femmes.

Avec un chiffre d’affaires qui dépasse les 3 Mds € en 2020 (+ 10 %), le groupe Giant, qui comprend aussi les marques Cadex et Momentum, compte profiter longtemps de l’emballement actuel : « La pandémie a contribué à une prise de conscience, commente la société. La demande va continuer à dépasser les capacités. » www.giant-bicycles.com